Châlons-sur-Marne automne 1926
Une grande et frêle silhouette toute de noir vêtue se déplace dans les allées du cimetière militaire de Châlons. A chaque pas elle se penche vers une croix pour déchiffrer le nom qui est inscrit. Dans ses mains un bouquet se flétrit.
Mais Dieu qu’il est vaste ce cimetière qui rassemble près de 5000 malheureuses tombes !
Il y a 10 ans à peine, la guerre produisait encore son compte de victimes et 10.000 croix étaient plantées dans ce qui, naguère, était encore des jardins d’ouvriers. Depuis, la « loi du retour » l’a vidé et ne reste que ceux dont les familles ont confié leur enfant à l’état. Au loin la ville en reconstruction bruit de mille et une résonnances qui contrastent avec le silence pesant qui enveloppe ce grand champ de croix.
La nuit commence à envahir ce jardin de morts et Marie-Anne Wilhelmine ONRAËT se désespère de ne pas toucher au but de sa visite. Pas âme qui vive pour la renseigner, la guider utilement. Mais où est donc le gardien dont on lui a dit qu’il pourrait l’aider dans sa recherche ?
Enfin, déçue et peinée de ne pas avoir trouvé la sépulture de sa fille Jeanne, elle quitte le cime-tière, dépose en sortant son bouquet au pied du Monument aux Morts et reprend la route pour la Bretagne où elle réside.