Les Soeurs Sabre, sous les obus à Arras

Le 29/04/2026

Parmi les infirmières engagées lors de la Première Guerre mondiale les sorories sont nombreuses. Mais le destin des soeurs Sabre et leur funeste destin commun mérite un développement plus poussé.

Une jeunesse dans le dénuement

La famille SABRE est installée depuis plusieurs générations à Laventie, dans le Pas-de-Calais.

Charles André Joseph, né dans la commune en 1819 épouse en 1851 Edouardine Joseph Palmyre BEHAGUE et le couple s’installe chez le mari, rue du Hem.

Les naissances se succèdent, la famille plonge dans la pauvreté. En 1866, la famille compte déjà 6 enfants. Le père est reconnu indigent et secouru.

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Alors que la Troisième République voit le jour, les SABRE ont eu 2 enfants supplémentaires. En 1871, les parents décèdent successivement, Charles le 27 février et Palmyre le 16 mai laissant leurs enfants orphelins.

Les 3 aînés âgés de 18, 16 et 13 ans maintiennent une sorte de cohésions et sont recensés ensemble en 1872. Les puinés sont placés ou mis en pension.

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1886. Julie Olifie Joseph, une des filles SABRE née en 1860 est entrée dans les ordres sous le nom de Sœur Véronique des Augustines d’Arras. Laure Ernestine, née en 1868 est quant à elle toujours à Laventie et pensionnaire dans la communauté de la Sainte-Famille dont le but est l’éducation des jeunes filles pauvres.

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Recensement 1886 m4201 vue6 pensionnaire comunaute sainte famille

1911. Julie SABRE est toujours à Arras où elle officie comme cuisinière à l’Institut Parisis, le Grand Séminaire de la ville. Ernestine reste introuvable cette année-là.

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Arras sous les bombes

Août 1914 sonne le début de la guerre et dès la fin du mois, l’inquiétude gagne la population les combat se rapprocheraient. Monseigneur Lobbedey met à disposition son nouveau Grand Séminaire sis dans le couvent du Saint-Sacrement pour l’établissement d’un hôpital confié à la Croix-Rouge et nommé l’ambulance 1/10. Le bâtiment est vaste et peut contenir 180 lits.

Couvent

Le 27 août, l’hôpital accueille ses premiers blessés. Dès le 28, ce sont plus de 200 hommes qui attendent des soins. A 7h du soir ce vendredi, l’hôpital est déjà plein et les blessés continuent d’affluer. Les évacuations vers l’arrière s’organisent tant bien que mal.

Le 1er septembre, une patrouille d’uhlans est en ville. L’officier visite l’hôpital à la recherche de blessés allemands.

Le 18, une troupe de gendarme et 1200 goumiers entrent dans la ville. Puis c’est le cortège de régiments français. Le témoignage d’une infirmière sur place indique le nombre de 400000 soldats dans Arras et ses faubourgs.

Le 3 octobre les artilleries se font face. Un dernier train d’évacuation envoie vers l’arrière les blessés transférables.

Le 5 la canonnade commence. Dans les hôpitaux, les blessés n’ayant pu être évacués sont nerveux et le personnel médical tente de les rassurer autant que possible.

Le 6 octobre, l’Ambulance du Saint-Sacrement reçoit 7 obus. Un bâtiment est éventré. Tout le monde évacue dans les caves.

Mi-octobre, les hôpitaux et ambulances sont fermés. Ne reste que l’Hôpital Saint-Jean pour prodiguer des soins aux blessés.

Julie SABRE officie probablement à l’hôpital dès l’ouverture. A une date inconnue, elle est rejointe par sa sœur Ernestine. Elles figurent peut-être sur cette photographie du personnel de l’ambulance.

Personnel de ambulance elargi 221789 2

Mai 1915. Déclenchement de la bataille de l’Artois. Le flot de blessés arrivant à l’hôpital reprend.

Le 23 juin, les obus ciblent l’hôpital. Les premiers tirs trop longs se raccourcissent et frappent la chapelle. Les blessés sont mis dans les caves en urgence.

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Julie et Ernestine SABRE sont dans la cuisine au moment où les obus tombent. Elles n’ont pas le temps de s’abriter et sont pulvérisées sur place.

Le bombardement fait 9 victimes, dont les deux soeurs.

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Effets de obus rdc 221783 2

Unies dans la morte, les corps des deux sœurs sont rassemblés et inhumés côte-à-côte au cimetière d’Arras.

Tombe julie
Tombe laure

Le bombardement de l’ambulance a un fort retentissement et fait l’objet d’une large couverture par la presse d’époque. En septembre 1915, le personnel est cité collectivement à l’ordre de l’Armée pour ses actions entre novembre 1914 et juin 1915.

Citation 27 09 15

Sœur Véronique, l’ainée des sœurs a son nom gravé sur le monument aux morts d’Arras et fait l'objet d'une entrée dans le Livre d'Or des Congrégations. Sa cadette en revanche n'a pas cet honneur.

Lor congregations

Sources

Guerre en Artois , paroles épiscopales, documents, récits (Gallica)

Bulletin trimestriel de l'Association mutuelle des infirmières de la Société de secours aux blessés militaires de 06/1915

https://arras.catholique.fr/quand-maison-diocesaine-etait-ambulance.html

AD 62

Journal Officiel du 27/09/1915

geneanet

 

Lien vers la fiche recherche de Julie SABRE, lien vers la fiche de recherche d'Ernestine SABRE