Jeanne ROCHELLE et Elisabeth BURKY, une amitié en blouse blanche, Partie 1

Le 15/06/2026

Il est des rencontres qui marquent une vie. Jeanne et Elisabeth font connaissance à la suite de leurs études d'infirmières. S'en suit une amitié qui traversera épidémies et Grande Guerre. Jusqu'à ce que, rattrapé par la maladie, leur lien se fracasse sur l'autel du devoir.

Jeanne ROCHELLE

Jeanne Irma Eugénie ROCHELLE nait le 01/04/1875 à Chambéry (73). Elle est le second enfant du couple composé par Pierre, professeur de philosophie et Ernestine PINGUET. La famille vit quelques années dans la Cité des ducs, quartier d’Angleterre.

Recensement chambery 1876 6m818

Puis c’est le retour à Vendôme (41), lieu de naissance d’Ernestine.

Les détails de l’éduction de Jeanne sont inconnus mais elle obtient son certificat d’études primaires.

En 1900, en l’espace de deux semaines, Jeanne et son frère perdent coup sur coup leur mère le 14 mars, puis leur père le 07 avril, décédés tous deux à Vendôme.

En 1903, Jeanne décide d’embrasser la carrière d’infirmière. A cette fin, elle entre à l’école de la Maison de Santé Protestante de Bordeaux. Cet établissement assure depuis 1884 la formation initiale des infirmières et qui, en 1918, recevra le nom de Florence Nightingale.

Jeanne uniforme 1

A la fin de deux années de formation, Jeanne est diplômée et affectée à l’hôpital d’Issoire (63). Puis, en 1907, elle prend ses fonctions à l’hôpital d’Albi (81) avec le grade de cheftaine. Elle y rencontre une Suissesse avec qui elle va lier une profonde amitié. Après un bref saut à Alès, Jeanne reprend ses fonctions dans le Tarn.

Elisabeth BURKY

Elisabeth BURKI voit le jour à Lausanne le 28 janvier 1883. Elle est la fille d’Albert et de Marguerite PERDONNET. Bien que l’état-civil inscrive son nom sous la graphie BURKI, confirmée par la signature de son père, c’est bien avec un « Y » final qu’elle se fera appeler. Une façon peut-être de s’émanciper. Car Elisabeth, surnommée tantôt Elise ou Elsie, est issue d’une famille prestigieuse.

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En effet, son oncle par alliance n’est autre que Gustave ADOR qui mène une importante carrière politique qui le verra élu Président de la Confédération Suisse ou encore Président du Comité International de la Croix-Rouge.

C’est d’ailleurs probablement cet oncle qui l’inspirera lorsqu’encore jeune, elle décide d’abandonner la vie dorée pour s’engager comme infirmière.

En 1904, Elisabeth entre donc à l’école d’infirmière à l’hôpital du Tondu, à Bordeaux. Elle en ressort diplômée en 1906 et figure donc sur la photographie de cette promotion sans pour autant savoir où elle se situe sur le cliché.

Sa première affectation l’envoie à Albi (81).

La garde malade hospitaliere 01 07 1906 zoom

Une amitié à toute épreuve

Jeanne et Elisabeth nouent dans le Tarn une amitié très forte. En 1910 Jeanne devient membre de la Société de Secours aux Blessés Militaire (S.S.B.M.), une des trois sociétés formant la Croix-Rouge Française. Elisabeth fait probablement la même chose puisqu’elles sont envoyées toutes les deux en 1911 à Tunis.

Au lazaret de la Rabta, les deux infirmières soignent les cholériques. Les conditions sont très difficiles, les patients sont traités dans des tentes. Les températures extrêmes, la promiscuité entre les malades compliquent l’endiguement de la contagion.

Rabta

Jeanne est Directrice du Dispensaire, Elisabeth Directrice des services ambulants. L’épidémie est terrible et fait plusieurs centaines de morts. Unies face à la souffrance, elles sont également associées pour les décorations et obtiennent toutes deux en 1913 la médaille d’honneur des épidémies en bronze pour leur dévouement.

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Pour les mêmes faits, leur placard de médailles s’orne également de la croix d’officier du Nichan-Iftikhar et de la médaille de la Croix-Rouge argent.

Tout ou rien 07 02 1913

La Guerre

Août 1914. Alors que la mobilisation est ordonnée en métropole, Jeanne et Elisabeth sont toujours au chevet de leurs malades, en Tunisie. Les deux femmes veulent servir. Le comité S.S.B.M. de Tunis les envoie alors à l’Hôpital d’Evacuation d’Oudja, au Maroc. Jeanne est alors infirmière major.

Avec les chiens

Si le pays est très distant de la frontière allemande, il est loin d’être pacifié et plusieurs régiments notamment de territoriaux sont sur place. Les deux amies y passent l’hiver 1914 et Jeanne reçoit une évaluation élogieuse de son médecin-chef. Les deux infirmières reçoivent la médaille coloniale avec l’agrafe « Maroc ».

L 11

En 1915, Jeanne et Elisabeth demandent à être employées dans une structure plus près du front. Elles sont donc affectées aux salles militaires de l’hospice de Commercy devenu l’hôpital mixte de la ville. Situé à 12 kilomètres du front, l’établissement est régulièrement bombardé.

Casque 1

Elles y resteront 42 mois. Sur ce cliché de groupe pris vers 1918, on reconnait Elsie comme étant la deuxième infirmière en partant de la gauche. Par recoupement avec d’autres photographies mais sans certitude, Jeanne pourrait être la quatrième juste à la gauche du commandant Dagincourt. Les deux femmes semblent d’ailleurs se chercher du regard.

Groupe

Cette tentative d’identification repose sur un autre cliché, de toute petite taille, montrant les deux femmes.

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Le 26 mars 1918, Jeanne et Elisabeth reçoivent de la main du général Marchand la croix de guerre avec étoile en argent suite à une citation reçue à l’ordre de la 10e division coloniale.

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Puis une nouvelle affectation les rapproche encore du feu et en septembre 1918, elles sont envoyées à l’ambulance 9/17 à Ménil-la-Horgne (55). Le Journal de Marche et des Opérations (J.M.O.) de cette ambulance ne donne malheureusement aucun détail, se contentant de tenir les comptes des entrées/sorties.

En revanche, celui du 2e Corps d’Armée Coloniale auquel appartient l’ambulance 9/17 est plus prolixe. Le Groupe d’ambulance à Ménil-la Horgne compte ainsi 300 lits. Lors de l’attaque des 12 au 15 septembre 1918, le groupe d’ambulances prend en charge 75 blessés.

 Dernière affectation enfin à l’Ambulance 1/66 à Vaucouleurs (55) à partir du 28 octobre 1918 et jusqu’à l’armistice.

Burky ordre de route page 2

A suivre dans la Partie 2