Reflet
Mon Dieu ! j’ai l’âme en noir malgré le soleil clair,
Malgré les chants d’oiseau dans le feuillage vert
Malgré la grande Paix palpitant sur la ville
Si loin des champs d’horreur et du combat hostile
Il me semble parfois que je vois au travers
Du riant paysage ; un tragique revers
Fait des autres cités qu’on brûle et qu’on mutile
Et j’aperçois du sang où le soleil rutile !
Dans la brise j’entends passer le lourd sanglot
Des épouses en deuil. Je sens monter le flot
Des larmes submergeant le cœur de tant de mères !
Mon âme se remplit de toutes les douleurs
Et je crains ô mon Dieu quand ns serons vainqueurs
Qu’il reste dans ma joie une saveur amère !
M.R.
Mâcon – Juin 1915
Ce sonnet évoque bien les sentiments de l’infirmière, au chevet de ses blessés et malades que la mort emporte parfois et de ce qu’il en restera après la fin du conflit.
Localisé et daté, le poème reste néanmoins l’œuvre d’une auteure mystérieuse. Une des deux infirmières sur la photographie ? Une dédicace d’une troisième ? La signature en initiales M. R. laisse la porte ouverte à une foule de possibilités. Quelle est l’initiale du prénom ? Du nom ? Est-ce un nom marital ? L’idée que ces femmes pouvaient être la mère et la fille en raison de leur différence d’âge ne donne aucun résultat.